Depuis mi 2025, les tensions sur le marché des équipements informatiques se multiplient. Délais d’approvisionnement plus longs, hausse du coût de certains composants et difficultés à sécuriser certaines configurations : la pénurie hardware est devenue une réalité pour de nombreuses entreprises.
Pourquoi la pénurie hardware ne concerne plus seulement les composants
Si le phénomène est souvent abordé sous l’angle des achats, ses causes sont en réalité beaucoup plus profondes. L’explosion des usages liés à l’intelligence artificielle, l’augmentation des besoins en calcul haute performance et la pression exercée sur les infrastructures de datacenters modifient durablement l’équilibre du marché.
Pour les DSI, cette situation impose de revoir la manière de planifier les investissements et d’anticiper les besoins futurs.
Après la crise mondiale des semi-conducteurs déclenchée en 2020, une nouvelle phase de tensions est apparue à partir de 2025. Elle est principalement portée par l’accélération des investissements dans les infrastructures d’IA et les datacenters, qui accroissent la demande en GPU, en mémoire, en périphériques de stockage rapide et en équipements associés. Les effets sur les délais et les prix se sont particulièrement renforcés à partir de la fin de 2025.
L’adoption massive de l’IA génère une demande sans précédent en ressources de calcul. Les besoins IA consomment la quasi-totalité des capacités de production, et notamment les GPU, les mémoires à forte densité et les stockages NVMe, destinés à équiper les centres de données de nouvelle génération.
Cette évolution n’affecte pas uniquement les projets IA. Elle se répercute violemment sur l’ensemble des infrastructures informatiques. Les constructeurs doivent arbitrer leurs capacités de production, ce qui impacte directement la disponibilité de certains composants de serveurs, solutions de stockage ou équipements réseau.
La problématique n’est donc plus uniquement industrielle. Elle devient structurelle.
Des projets d’infrastructure plus difficiles à anticiper
Pendant longtemps, les entreprises pouvaient planifier un renouvellement matériel à trois ou cinq ans avec un niveau de risque relativement faible.
Depuis fin 2025, les délais de livraison peuvent varier fortement selon les technologies retenues et les stocks disponibles au moment du projet. Il faut souvent faire des compromis et « choisir » au dernier moment les composants disponibles afin d’avoir des garanties de livraison. Cette incertitude complique les roadmaps techniques et la construction des budgets et augmente la pression sur les équipes infrastructures.
Dans ce contexte, prolonger la durée de vie d’une plateforme existante devient parfois une nécessité plus qu’un choix. Encore faut-il que l’architecture soit capable d’absorber cette extension sans compromettre les performances, la sécurité ou la continuité d’activité.
La pénurie hardware remet donc au premier plan des sujets souvent sous-estimés : capacité réelle des plateformes, taux d’utilisation des ressources, dépendances applicatives et planification à moyen terme.
Repenser le dimensionnement des infrastructures
L’une des conséquences les plus visibles de cette situation est la remise en question des méthodes traditionnelles de dimensionnement.
Historiquement, les infrastructures étaient souvent construites avec des marges importantes afin d’anticiper la croissance future. Cette approche pouvait se justifier lorsque les équipements étaient facilement disponibles et que leur renouvellement restait prévisible.
Aujourd’hui, chaque investissement doit être analysé plus précisément. Un premier levier est de bien comprendre les usages réels, et adopter une posture frugale en terme d’allocation de ressources. Identifier les ressources sous-exploitées et optimiser l’allocation des capacités de calcul et de stockage est une démarche qui permet de limiter l’impact de la pénurie, mais également d’améliorer la maîtrise des coûts sur le long terme.
L’acquisition d’infrastructures évolutives simplement est également possible, mais se base sur le pari que la disponibilité et le coût des ressources reviendra à la normale dans quelques années. Différents constructeurs ont déjà lancé des projets industriels pour augmenter fortement leurs capacités de construction, mais rien ne permet d’affirmer à date que cela permettra de résoudre les problèmes actuels, notamment parce que la demande en composants de l’industrie IA continue toujours à grossir.
La roadmap infrastructure redevient stratégique
Face à ces nouvelles contraintes, les organisations les plus matures ne répondent plus uniquement par l’achat de nouveaux équipements. Elles construisent une feuille de route permettant d’anticiper les besoins futurs, d’évaluer plusieurs scénarios d’évolution et de réduire leur dépendance aux cycles matériels traditionnels.
Cette approche peut intégrer différents leviers : modernisation de l’existant, extension vers des infrastructures de cloud privé, hybridation de certaines charges de travail ou optimisation des ressources déjà disponibles.
L’objectif n’est pas de remplacer systématiquement une technologie par une autre. Il s’agit de garantir que l’infrastructure pourra continuer à accompagner les besoins métiers malgré les évolutions du marché.
Une contrainte qui devient un révélateur
La pénurie hardware agit finalement comme un révélateur de la maturité des infrastructures.
Les entreprises qui disposent d’une vision claire de leurs ressources, de leurs applications critiques et de leurs perspectives de croissance sont généralement les mieux équipées pour absorber ces tensions. À l’inverse, les organisations qui fonctionnent encore selon une logique de renouvellement à l’identique sont davantage exposées aux aléas du marché.
L’agilité des achats est également fortement mise à l’épreuve : avec des devis valables le plus souvent quelques jours, et des prix et des délais de disponibilité pouvant évoluer très fortement dans le mauvais sens sur des périodes très courtes, les circuits de décision d’achat deviennent majeurs. Les décisions d’achats doivent être prises en quelques jours, sous peine de voir les prix et la disponibilité des configurations négociées disparaitre et être obligé de recommencer un nouveau cycle de négociation.
Plus qu’un problème d’approvisionnement, la pénurie actuelle souligne la nécessité de penser l’infrastructure comme un actif stratégique. Dans un environnement où les besoins évoluent rapidement, la capacité à anticiper devient aussi importante que la capacité à investir.
Notre expert

Stéphane Marie
Architecte Infrastructures & Cloud chez TeamWork France
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